J’aime beaucoup le moment où quelqu’un annonce : « C’est terminé. » Il y a quelque chose de rassurant dans cette phrase. Elle donne l’impression que l’histoire est finie. Pourtant, c’est souvent à cet instant qu’une autre commence. Le produit est livré. Les utilisateurs découvrent ce qu’ils attendaient… et ce qu’ils n’attendaient pas. Les développeurs passent à un autre sujet.

Le support commence à répondre aux premières questions. Les équipes apprennent que certaines décisions, pourtant parfaitement raisonnables quelques semaines plus tôt, produisent désormais des effets inattendus. Étrangement, un projet ne s’arrête jamais là où le planning le décide. Il continue dans les habitudes qu’il crée. Dans les mots que chacun utilise pour le décrire.

Dans les raccourcis que les nouveaux arrivants inventent pour le comprendre. Dans toutes ces petites interprétations qui, mises bout à bout, finissent par devenir une nouvelle réalité. C’est peut-être pour cette raison que je m’intéresse moins aux produits qu’à ce qui leur arrive après leur naissance. Concevoir un produit, ce n’est pas seulement décider de ce qu’il fera.

C’est accepter qu’un jour, il appartiendra à des personnes qui le comprendront autrement que nous. Et c’est sans doute la partie la plus fascinante de notre métier.